Vers une décroissance communicationnelle

Si vous avez envie de créer aujourd’hui une agence de communication, vos clients s’attendront à voir du numérique à tous les étages. Ils voudront de la réalité augmentée, des millions de fans virtuels et s’étonneront de la moindre parcelle imprimée. Communiquer serait numérique ou ne serait pas. On n’aurait jamais autant communiqué que depuis l’apparition d’Internet. Si tu n’es pas sur la Toile, tu n’existes pas.

Foutaises et pudibonderies. La communication n’est pas l’apanage des technologies numériques.

A-t-on si vite oublié que des guerres furent gagnées par télégrammes et transmissions radiophoniques? Les pigeons voyageurs ont-ils déjà rejoint les légendes? N’apprend-on plus à l’école l’exploit du marathonien pour porter la nouvelle? L’homme s’est toujours montré inventif lorsqu’il s’agissait de communiquer: des feux d’alarme entre les sommets d’une chaîne de montagne, des lettres manuscrites et parfumées, des copions enroulés sur des stylos… Le web est peut-être son invention la plus récente, cela n’en fait pas pour autant le dépositaire exclusif de ses modes d’expression.

Je rêve parfois d’une décroissance communicationnelle. Comme celle portée par des économistes face aux dérives du capitalisme et par des citoyens du monde conscients de leurs actes pour les générations futures. La décroissance n’est pas l’ennemie de l’évolution humaine. Elle propose d’exploiter raisonnablement les ressources, sans vider sa source jusqu’à l’épuisement. Cela demande quelques sacrifices, notamment renoncer à tout confort superficiel ou ne plus faire l’éloge de l’abondance. Cette décroissance est vitale pour le bien-être de l’humanité. Pourquoi ne pas l’appliquer à notre course frénétique vers la sur-communication? Ralentir le temps des échanges, limiter le nombre pour  s’attarder sur la qualité, ne plus être esclave de la technologie… Des gestes à petite échelle qui peuvent initiés de grands changements. On recherche constamment de nouvelles façons de se démarquer. Et si la décroissance en était une ? Et si vous proposiez à vos clients comme à votre public de revenir à l’essentiel: communiquer à l’ancienne ? On recevrait une invitation imprimée, ce qui nous donnerait l’impression d’exister bien plus qu’une newsletter de masse. On prendrait le temps d’un café, ou deux, pour expliquer son projet au lieu de renvoyer vers un lien hypertexte. On irait à la rencontre de son public, alors que c’est lui aujourd’hui qui vient à la nôtre.

Ne vous demandez pas ce qu’Internet peut faire pour vous. Demandez-vous ce que vous pouvez faire d’Internet.   

illu-apanage
Lorsque vous imaginez une campagne de communication, gardez toujours une case « autre » à côté des outils numériques. Même si ceux-ci seront les premiers à attirer le regard de votre commanditaire, offrez lui le luxe de penser autrement sa visibilité. Soyez créatif. Pensez tactile, au sens manuel et non tablette. Le numérique se banalise avec l’âge. Il peut cependant retrouver sa propre jeunesse, celle de l’interactivité épatante. Il devient abstrait, rendez-lui sa praticité. Il se veut omniprésent, rendez-le intéressant.

Lors de mes formations ou de mes interventions comme consultant, j’analyse systématiquement les outils avant de parler de stratégie. Car c’est en connaissant les atouts et les faiblesses de chacun d’eux qu’on peut concevoir une campagne cohérente. C’est en partant de sa singularité mais également de la spécificité tant numérique qu’imprimée qu’on fera les bons choix. Ceux de la liberté d’expression.

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